Nina Lundström
Au fond du temps
par Constanze Fritzsch

Née en Suède, Nina Lundström part à 20 ans pour suivre la formation très traditionnelle de l’atelier de Sèvres à Paris pendant un an. Tandis qu’elle y découvre son goût pour le dessin, elle se demande comment appliquer cette technique, enseignée d’une manière très classique, à une pratique d’art contemporain.
Durant ses études à Oslo et à Göteborg, elle se consacre de plus en plus à la vidéo et commence même à en donner des cours aux étudiants moins avancés qu’elle. C’est ici, à l’académie des beaux-arts de Oslo qu’elle trouve une manière de surmonter ses doutes au sujet du dessin classique et de s’y frayer son propre chemin.
Depuis 2007, elle enseigne comme assistante artistique à l’Université du Bauhaus de Weimar.

Dans sa théorie de l’art, Steven Wright défend l’idée d’un art non instrumentalisé, d’un art qui doit se défaire de véhiculer du sens, de transmettre un message bien défini. De ce fait, l’art se transforme en propos sans propos.
Dans la vidéo Staub zu Staub de Nina Lundström, on voit une femme assise sur une chaise aux pieds rallongés, à une table également rallongée aux pieds en effilochant soigneusement de la poussière qu’elle rajoute à la nappe poussiéreuse débordante de la table. Elle se trouve dans un espace illuminé qui semble ne pas avoir de limite.
Avec cette pièce, Nina Lundström se libère non seulement du devoir de produire une œuvre d’art utile, du traitement exacte d’une, idée mais de plus elle se dégage de la contrainte de meubler le temps avec des gestes sensés, utiles ; à défaut, la femme de la vidéo produit de la poussière : elle propose de la fainéantise. Tâche blanche, inoccupée, la fainéantise est vidée de sens. Il s’agit d’un comportement insensé, car la perte du temps dans une société en manque constante de temps, s’avère le pire des non-sens : l’art comme opposition à une contrainte à un sens.
La perte du temps devient image dans le tracement de tous les fils d’une poussière projetée sur une feuille de papier : Shadow of dust. Nina Lundström suivait pendant des heures et des heures chaque petite extension d’une poussière avec un crayon et questionne une fois de plus le sens des choses et l’utilisation du temps.

Le non-utile est repris dans Like Weeds. La forme de mauvaises herbes est dessinée sur une feuille blanche. Au lieu d’un trait de crayon c’est la parole suédoise qui donne forme à ces représentations et donc à des images-paroles. Il s’agit du langage, des phrases et mots, qui envahissait l’esprit de Nina Lundström et le paralysait. W.J.T. Mitchell nomme image les images immatérielles, c’est-à-dire les idées en tant qu’image et non l’image en tant que signe de la parole. En l’occurrence c’est l’idée, la ressemblance métaphorique de la parole qui devient image : le déploiement des images dans l’esprit de Nina Lundström, comme mauvaises herbes, s’enracine, pousse sauvagement et couvre toutes les autres idées.
Grâce à la fixation des mauvaises herbes sur la page, leur déploiement est arrêté, la paralysie les dissout et les pensées circulent de nouveau librement.

A travers son œuvre, Nina Lundström se pose une question essentielle de la vie quotidienne : comment se sert-on du temps ? Est-ce qu’on se livre aux devoirs d’utiliser chaque moment à fins utiles et sensées ou, prend-on le temps pour s’en servir à sa guise ?
Une réponse semble être donnée par sa création artistique elle-même : l’art en tant qu’échappatoire d’une production de sens trop rigide, en tant que propos sans propos.

Biographie de l'artiste

Née en 1971 à Mölndal / Suède

vit et travaille à Weimar en Allemagne depuis 2000

2000-2001 Université du Bauhaus, Weimar / Allemagne
1995-1999 Statens Kunstakademi, Oslo / Norvège
1992-1995 Dômens Konstskola, Göteborg / Suède
1991-1992 Atelier de Sèvres, Paris, France