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2011.04.21 16h18 – 2011.04.22 13h30 : Céline en Pays Mélusin, par Joël Riff

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Vingt-et-une heures et douze minutes avec Céline Ahond

 

2011.04.21 19h03

2011.04.21 19h15

2011.04.21 19h39

2011.04.21 19h58

2011.04.21 20h28

2011.04.21 21h20

2011.04.22 08h21

« Bonjour Joël. Je viens d’arriver et je relis le dossier des machines désireuses chez la coiffeuse « nuance » juste à côté du frac qui sert aussi thé et café. J’espère que tu n’auras pas trop de marche à faire. A tout de suite. Celine » .

La voilà localisée. Pas de révolution capillaire, Céline arbore toujours, brune, son charmant bol. La coupe courte participe du personnage énergique par lequel on l’identifie, associée à ces billes noisettes sur un minois bien dessiné. Elle m’évoque un changement de style : je conforte l’élégance de sa silhouette pantalonnée. Et elle opte ici sagement, pour une petite dose de théine avant son rendez-vous avec le directeur d’un Fonds Régional. Deux heures et demi plus tard, nous revoilà sur les bords de la Charente pour nous installer dans un véhicule municipal. La voiture n’est pas orange. Dans la ville haute, nous marquons l’heure de l’apéritif sur une adorable place. Un jus de tomate d’un rouge puissant s’interpose, parfaitement, entre nous, et me voilà dans une jolie circonstance : l’artiste, et une couleur. Céline insiste. Il faut que la couleur soit vive. Retour vers l’automobile pour quitter Angoulême. Sur le parking, on ouvre le coffre qui dévoile la présence d’un tabouret, orange. L’objet est pour l’artiste, un manifeste : il permet à sa voix de prendre de la hauteur, pour mieux porter. Car Céline raconte. Et qui raconte, expose. Lorsqu’elle se présente, Mademoiselle Ahond hache son patronyme en deux consonances privées de consonnes, qui résonnent comme une alarme. Et l’orangé qu’elle s’est approprié depuis quelques temps, hurle d’ailleurs un avertissement. Plus qu’un danger à signaler, c’est un éveil qu’elle sollicite, une disposition. Définitivement, notre attention. Son engagement coloré culminera avec le projet qu’elle prépare actuellement. Usant des médias locaux, Céline invita la population à alimenter son aventure par tout véhicule assorti à sa manie. Une file de berlines oranges traversera le paysage poitevin, entre le jaune du colza et le bleu du ciel. Mais je ressens bien que la réalité de ce tableau est, à ce stade, accessoire : ce sont les efforts, les affinités, les négociations mises en œuvre avec patience et détermination, qui excite sa narration. Nous évoquons diverses célébrations chromatiques alors que le coucher du soleil nous offre un spectacle flamboyant, cadré par le pare-brise. Et sur notre gauche dans les labours sombres, un immense brasier paysan anime maintenant le crépuscule. C’est aussi autour du feu que les histoires se transmettent. Nous arrivons dans un village endormi. Saint-Sauvant est la nouvelle étape d’une série de résidences qui, après Tourcoing, Bressuire, Rueil-Malmaison, Pont-Aven et Quimper, offre à Céline des conditions idéales pour créer. Plus qu’un spacieux espace de travail, c’est le contexte de ces invitations qui permet à l’artiste de produire. Son matériau découle alors de situations qu’elle sait provoquer. A l’hospitalité qu’on lui offre, elle répond par une complicité telle, qu’on ne lui refuse rien. Elle façonne une intimité sincère. Elle est l’artisan d’une riche confiance. Elle sait bien que seule, rien ne se fait, et que son art, particulièrement, souffrirait dans l’isolement. Eloignée dans des contrées de campagne, nous pourrions la croire ermite par intermittence. Au lieu de cela, elle œuvre à la rencontre, en permanence. Il se fait tard. Dorment depuis des heures, les pensionnaires de la maison de retraite dont elle occupe les combles. Nuit. Le lendemain, nous nous levons tôt et nous nourrissons d’aliments issus de l’agriculture biologique. Nous repartons pour un nouveau rendez-vous avec un directeur de structure. Notre chemin se fait pèlerinage, puisqu’un photographe humaniste aurait pris quelques clichés par là, en plein vingtième siècle, et que nous suivons précisément ses pas. C’est bien lui, des décennies plus tard, qui motive l’invitation faite à Céline dans le cadre d’un festival en son honneur. Pour les villageois concernés, la filiation entre ces deux artistes de l’image n’est pas évidente, et Céline doit régulièrement justifier son ascendance. Elle n’est pas la petite-fille de Robert Doisneau. Sur la route pour Poitiers, nous zébrons des champs enchanteurs proches du décor de l’action qu’elle filmera. Je n’aime pas les GPS. Céline si. En repensant à son actuel projet, je vois bien que l’appareil dessine, comme elle sur la représentation d’un paysage, une ligne éclatante.

Joël Riff

 

Written by Emilie Bouvard

juillet 3rd, 2011 at 7:19

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