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Le regard mélancolique de Benjamin Girard

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Le regard mélancolique de Benjamin Girard

par Camille Paulhan – janvier 2012

 

Il est très injuste que face à un travail que l’on juge particulièrement troublant, il se trouve parfois qu’on n’ait rien à en dire. Il y a d’abord un saisissement, puis les mots viennent, mais bien après, légèrement bégayants.

 

Tristia, 2011, Courtoisie de l'artiste

 

Le chemin noir, 2010, Courtoisie de l'artiste

Les photographies de Benjamin Girard sont de celles-là, et il me serait bien malaisé de décrire en quelques lignes le programme iconographique qu’il a mis en œuvre pour ses deux séries, Le chemin noir (2010) et la plus récente, Tristia (2011). Au risque de faire valser l’intelligence des procédés qui sont au cœur de ces deux ouvrages, de leur mise en page, du rapport texte/image, je voulais en extraire quelques photographies, de celles qui m’ont le plus marquée. Bien qu’elles gravitent autour de la question du regard, elles ne sont pas toutes, loin s’en faut, des portraits.

 

Tristia, 2011, Courtoisie de l'artiste

 

Tristia, 2011, Courtoisie de l'artiste

Dans Tristia, une statue de pierre au visage noirci par le temps nous laisse voir  ses yeux sans pupille, Vénus d’Ille mélancolique. Des armures aux arêtes étincelantes s’avancent en armée aveugle, leurs heaumes fendus ne permettant pas de deviner si elles sont habitées par des êtres humains ou simplement mises en scène. Il y a, dans les fissures de la colonne détruite du Désert de Retz qui s’en vont toucher les oculi, quelque chose de désagréable qui rappelle la célèbre scène d’Un chien andalou. Un jeune homme aux paupières fermées, ornées de très longs cils, semble faire un effort particulier pour les ouvrir, sans pourtant y parvenir.

 

Le chemin noir, 2010, Courtoisie de l'artiste

 

Le chemin noir, 2010, Courtoisie de l'artiste

Le chemin noir déroule une série de photographies silencieuses, sous l’égide d’yeux exorbités qui semblent nous faire face, qu’il s’agisse de ceux d’une sculpture en céramique écaillée au regard légèrement déviant, ou ceux,  pendus à un mince fil, d’yeux bovins. Une modèle à la prunelle oblique semble perdue dans ses pensées, engoncées sous son bonnet gris, tandis qu’en exergue de l’ouvrage, la pupille inquiétante d’une tête de poisson mort trônant dans une assiette nous fixe inexorablement.

 

Le chemin noir, 2010, Courtoisie de l'artiste

Le chemin noir, 2010, Courtoisie de l'artiste

Le regard de Benjamin Girard sur les objets, les personnes, les paysages qu’il met en scène et qu’il compose – à la façon d’un compositeur – est loin d’être froid ou distant. Bien au contraire, il cherche toujours à faire en sorte que ses objets, ses sujets se retournent contre le regardeur, dès lors contemplé par des dizaines d’yeux clos.

Tristia, 2011, Courtoisie de l'artiste

Tristia, 2011, Courtoisie de l'artiste

Nota Bene : Ce n’est pas vraiment mon habitude, mais j’avais voulu soumettre ce maigre texte à Benjamin Girard avant sa publication. Dans sa réponse, il me renvoyait vers une autre œuvre, inspirante, l’Orphée de Gustave Moreau (1865). Alors que je me remémorais cette étonnante toile de l’artiste, je me dis décidément, que Benjamin Girard était un étonnant photographe, qui choisissait pour me parler du regard d’un tableau où le personnage a, faut-il le rappeler, les yeux scellés…

 

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Written by Camille Paulhan

janvier 22nd, 2012 at 12:04

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