Vasyl Odrekhivskyy

sans commentaire

Vasyl Odrekhivskyy

 

Les six vidéos de Vasyl Odrekhivskyy présentées dans l’exposition exercent un attrait, captent l’attention du spectateur qui reste fasciné face aux écrans. Le jeune artiste a déjà son propre style, une patte qui s’exprime aussi bien dans la manière que dans le sujet, une sorte de leitmotiv : des performances filmées dans lesquelles l’artiste se met en scène dans des plans fixes. Ces performances sont autant d’actions qui éprouvent le corps, qui le poussent dans ses derniers retranchements sans violence mais avec force et détermination.

Dans la vidéo intitulée Déplacement, Vasyl, allongé sur le sol, déplace un tas de terre formé en talus à ses pieds jusqu’à l’arrière de sa tête. Ce geste, qu’il effectue en passant successivement des positions allongées à assises est emblématique de son travail. Vasyl a quitté l’Ukraine pour poursuivre sa formation en art en France. De ce déracinement, il garde un rapport particulier à la terre, que l’on retrouve dans plusieurs performances, car elle est chargée de sens. Elle évoque d’abord les attaches de l’artiste pour ce pays agricole d’où il vient. C’est aussi une manière de revivre son voyage d’Ukraine vers la France et de manipuler la terre comme il le ferait d’une relique. Le fait de la déplacer est également une réminiscence de rituels ukrainiens autour de la terre, entre spiritualité et folklore et un cheminement symbolique. En effet, en station debout, les pieds sont les seules parties de notre corps en contact avec la terre. Vasyl charrie par poignées répétées ce tas de terre pour le disposer au niveau de sa tête, siège de la pensée et de l’individualité en effectuant un mouvement qui suit la ligne formée par son corps. Ce geste met en scène le mouvement ascensionnel que l’artiste fait subir à cette substance première ordinaire, qui devient le matériau privilégié de sa pratique artistique.

Dans la performance Destruction, la terre brute est remplacée par une variante : l’argile avec laquelle des corps ont été minutieusement sculptés dans le style académique. L’écran vidéo est coupé en deux parties égales qui marquent la frontière entre l’académisme enseigné à l’artiste en Ukraine et en contrepoint un geste destructeur qui consiste à fracasser ces corps idéaux dans un acte libérateur à la fois de la forme et de l’espace maintenant débarrassé de ces sculptures. Sur celui de gauche, l’artiste a filmé les sculptures en tournant autour d’elle à la manière d’un travelling ; sur l’écran de droite, un plan fixe capte, à la manière d’une vidéo de surveillance Vasyl, armé d’une hache, les détruisant. L’effort est réel, l’artiste s’investit physiquement dans l’action, l’outil se fait plus lourd, son souffle s’accélère au court des 13 min que dure la performance.

L’effort et la prise de conscience des limites qu’il impose est aussi au centre des films Confrontation dans lequel l’artiste mène un combat perdu d’avance en écopant, à l’aide d’un seau, l’eau d’un ruisseau et de Noyade où, privé d’air, il est contraint de retrouver la surface quittant ainsi son apnée pour reprendre son souffle.

On the ground, est la seule performance montrée à Meymac dans laquelle deux protagonistes sont en scène : l’artiste s’allonge sur le sol aux côtés d’une jeune femme et roulent de droite à gauche comme des fétus poussés par le vent. Les deux corps s’attirent, se repoussent, s’entrechoquent, s‘apaisent puis s’éloignent définitivement. On assiste à une chorégraphie, à un duo de danse sur une musique industrielle qui laisse toutefois entendre le vent comme un souffle. On réalise alors que l’on retrouve dans toutes les performances de Vasyl une chorégraphie différente où le corps scande un mouvement répétitif, parfois en vain, souvent dans l’effort, comme un ballet par lequel le corps du danseur est tout à la fois outil et œuvre. Mais le corps forme toujours une embûche qui empêche l’artiste d’accomplir son projet sans souffrance.

Les vidéos de Vasyl Odrekhivskyy abordent les thèmes du corps, des frontières et des limites de l’homme face à sa propre nature et celle de l’Homme. L’impact qu’elles ont sur le spectateur s’explique par le fait que Vasyl y glisse une partie de son intimité, de sa sensibilité, de sa finesse où chacun reconnaît une frustration qu’il a subi mais dans laquelle subsiste toutefois un espoir.

 

Eglantine Bélêtre

Écrit par Camille Paulhan

7 janvier 2013 à 5:10

Posté dans Meymac

Leave a Reply