Quentin Ménard

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Quentin Ménard

 

Les traces de Quentin Ménard dans son ancienne école d’art sont encore bien présentes : dans le jardin, pour qui lève suffisamment les yeux, son atelier d’artiste est encore là, à peine dissimulé par les feuillages qui le recouvrent. Dans sa cabane, reposant entre les branches d’un arbre, il y a concocté de savants mélanges, semblable à un alchimiste. Tel Robert Barry, qui libéra – peut-être – cinq litres d’hélium quelque part dans le désert Mojave en 1969, le jeune artiste explique avoir lâché un nuage de poussière rouge à l’aide d’un fumigène du haut de la cathédrale de Bourges. Motif privilégié de l’art contemporain depuis une dizaine d’années pour son caractère insaisissable, brumeux, le nuage prend toutefois ici une nouvelle teinte, le rendant potentiellement dangereux. Mais de cette affaire, aucun journal n’a parlé, rien qui permettrait d’étayer cette version des faits. Peut-être, au plus, une rumeur volatile lancée par quelques témoins opportuns. Ne subsistent de l’action, d’une inutilité merveilleuse, à la fois inquiétante et poétique, que quelques photographies et une courte vidéo.

On pourrait dire, bien sûr, que tout cela n’est que montage, mystification, poudre aux yeux ; mais tel est le travail de Quentin Ménard, qui ne repose sur aucune certitude, et exige du spectateur une certaine croyance. Croire, par exemple, qu’il aurait ainsi, accompagné de son comparse Baptiste Brévart, investi une benne de menuiserie l’espace de deux jours (Two days) afin d’y constituer, avec les palettes qui s’y trouvaient, un habitat aussi précaire que parfaitement fonctionnel. La construction d’un bien nécessaire périscope empêchera sans doute les deux artistes de finir les toilettes ou le deuxième lit ; en revanche, deux sièges, mi-rocking-chair mi-chaise longue, ont bien été édifiés dans la structure de chantier.

Une autre œuvre, Le souterrain, dévoile à coup de traces indicielles une exploration clandestine fondée sur une rumeur urbaine : l’existence d’un passage secret entre la cathédrale et l’école d’art de Bourges, via les caves. Si la conclusion du périple pourrait être perçue par certains comme un échec, il apparaît néanmoins que dans une logique toute proche du travail de Quentin Ménard, le souterrain n’ayant pas été découvert, la légende peut continuer à se développer. Un dernier projet prévoit de métamorphoser une voiture après l’avoir ramenée à son usine de production, puis de la ramener par les voies maritimes. On n’en dira pas plus, afin de permettre aux visiteurs de spéculer sur sa possibilité, et à sa légende dorée de prendre racine au Centre d’art de Meymac…

Camille Paulhan

Écrit par Camille Paulhan

7 janvier 2013 à 5:15

Posté dans Meymac

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