Pauline Dumont-Fontaine

sans commentaire

Pauline Dumont-Fontaine

 

Dans un film récent, Tournée, des danseuses burlesques, pompons tournants et paillettes au bout des seins, déclarent qu’elles se griment et dansent pour les femmes et que le strip-tease est féministe. On a pu aussi entendre qu’une Catwoman, moulée dans sa combinaison cuir de chatte furieuse, était une figure de femme puissante et forte. La Vierge Marie elle-même n’est-elle pas la fière mère de Dieu ? Certes. Ce n’est manifestement pas ce que pense Pauline Dumont. Ses vidéos courtes fonctionnent comme des tableaux vivants déployant un comique de répétition. Un archétype féminin y réitère les mêmes gestes : la Vierge Marie allaite l’enfant Jésus avec l’air de se barber royalement, Marie-Madeleine se brosse ses longs cheveux blonds indéfiniment les yeux dans le vague, Varla donne des coups de poings et de pieds dans le vide, Pamela court on ne sait où sur la plage, les seins tanguant dangereusement dans son bikini rouge. Pauline Dumont reprend et modifie un style : celui de l’art féministe.

Orlan, Natalia LL, Marina Abramović, Martha Rosler, Cindy Sherman et encore récemment Pilar Albarracín ont dénoncé la « féminité mascarade » (Joan Rivière). Pauline Dumont, elle, s’engouffrant dans le champ du grotesque, déplace cette histoire de l’art féministe, et l’histoire de l’art tout court, en déployant un humour franc. Il y a du post-féminisme dans ces vidéos : la lassitude et l’absurdité du comportement de ces héroïnes signalent le réel essoufflement de ces archétypes, leur survie malgré tout, mais une survivance lasse. Il ne s’agit plus d’une indignation sérieuse, mais de la mise en œuvre par les moyens de la vidéo d’une évidence qu’elle fait partager au spectateur par le rire : ces figures ont vécu, elles sont exsangues, pathétiques, achevons-les d’un éclat de rire.

Ainsi, Pauline Dumont choisit un certain type de performance. Elle joue avec jubilation la comédie féminine, pénètre dans le jeu de masques, émonde les postures, les vide de leur contenu. Pour autant, ce manège ne débouche pas sur le sentiment d’une vacuité et d’une féminité toujours masquée et impossible à construire hors des archétypes, mais au contraire dégage une grande énergie et l’affirmation in fine d’un sujet. La déconstruction des clichés montre dans le même temps la maîtrise du jeu de rôle, du corps qui joue et jouit, la barbe !, l’ennui, la personnalité d’une jeune femme moderne. Derrière ces saynètes, contre le Malin Génie et les tours illusoires du patriarcat, il y a une femme qui pense.

Emilie Bouvard

Site Internet de l’artiste

Écrit par Camille Paulhan

7 janvier 2013 à 5:40

Posté dans Meymac

Leave a Reply