Laure Jazeix

sans commentaire

Laure Jazeix

La même, mais une autre

Sur une étagère, Laure Jazeix a déposé trois petites sculptures réalisées dans un caramel roux. Après avoir fait fondre trois sucres, elle les a remoulés dans leur forme initiale : changement d’état, du solide au liquide, puis retour à la case départ. Voilà les sucres blancs et sans qualité devenus autres, sans l’ajout d’aucune substance étrangère. Ce qui était opaque est devenu translucide, le friable s’est changé en solide, mais la compacité a laissé place à une apparence plus informe. C’est peut-être cette étrangeté du même transformé subitement en un objet tout à fait différent qui est à l’œuvre dans le travail de l’artiste : pendant ses performances où elle chausse de bien éphémères talons blancs, collés à ses plantes de pied, Laure Jazeix dit changer momentanément d’état, se mettre dans la peau d’un ou d’une autre.

Dans ses sculptures, installations, dessins, des objets ont été transformés : c’est un carnet de notes que l’artiste aura laissé s’effacer sous la pluie, rappelant le film de Marcel Broodthaers le montrant tenter d’écrire à l’encre de Chine sous un torrent d’eau. C’est un lit de camp méconnaissable, dont seul subsiste le châssis, et qui semble comme les sculptures de Sigalit Landau avoir été trempé dans la Mer morte : une carapace de sel, comme du sucre cristallisé, le recouvre désormais. Ce sont des sachets de thé de petit-déjeuner agrafés au mur, qui dessinent en se suivant une ligne brune tremblante. Des mythologies personnelles, intimes, affleurent à la surface des œuvres : un état hypnagogique, une dérive ensommeillée, une somnolence rêveuse.

L’écriture participe aussi de cette transformation d’état : Laure Jazeix s’approprie des récits de plaintes pour nuisances sonores et en dresse un portrait aussi sibyllin que poétique, ou s’attelle à la rédaction de bribes de son expérience vécue sur un immense rouleau. Présenté au sol, alors que ce qui semble être une évocation intime de la vie de l’artiste peut être lu de tous, d’autres fragments personnels restent cachés au creux du papier enroulé. Mais qui pourrait distinguer, dans le rouleau de l’artiste (qui rappelle celui, légendaire, de Jack Kerouac) ce qui relève du récit autobiographique, de l’autofiction ou tout simplement de l’hommage littéraire ? Et ce n’est certainement pas sa vidéo White Send, dévoilant par une bande sonore trouble, un texte écrit par l’artiste lu contre une tempête de sable au Texas, qui nous en dira plus sur elle. Où se cache Laure Jazeix ? Peut-être ici, peut-être pas.

Camille Paulhan

Écrit par Camille Paulhan

7 janvier 2013 à 5:35

Posté dans Meymac

Leave a Reply