Grains de beauté

sans commentaire

A propos des Profils de Jacqueline Salmon

Jacqueline Salmon, Profils (de la série Géocalligraphies), 2007, courtoisie de l'artiste

Nous n’avons des îles, comme des œuvres du land art, comme encore des polders, qu’une vision partielle, d’élevages de terre vus en aéroplanes, aux contours délimités et aux formes reconnaissables. Dans notre esprit, qu’est-ce que Spiral Jetty de Robert Smithson sinon une langue pierreuse qui s’enfonce en colimaçon dans le Grand Lac Salé ? Mais, si l’on s’en approchait, on verrait d’abord un léger frémissement poussiéreux à la surface du lac, pas même une excroissance mais simplement une expérience sensible de la topographie de ce lieu précis. Cette déception, Jacqueline Salmon l’a transformée dans ses Profils en de poétiques silhouettes nuageuses. Plutôt que de nous montrer une grandiloquente et multicolore Terre vue du ciel, la photographe se retire etnous convie à un théâtre d’ombres interprété par des îles québécoises, dont lesdimensions semblent ne plus avoir d’importance. Comme dans Atlas de Marcel Broodthaers, qui en 1975 calibrait différents pays dans un seul et même moule,démontrant l’absurdité des frontières humaines, l’artiste veut ici restaurer une certaine éthique humaniste en réalisant ces différentes cartes. Il ne s’agit plus dese placer avec le recul du géographe, mais au contraire de rappeler la position humble du voyageur qui ne voit, du bateau qui le mène sur les côtes, que ces légères aspérités qui rythment l’Océan ou le fleuve. Dans ces évocations ni tout à fait figuratives, ni entièrement abstraites, d’où émergent çà et là des traces humaines (des phares, notamment), Salmon semble faire émerger un épiderme marin. Et on se dit, face à cette peau de mer, qu’elle est décidément recouverte de dizaines de grains de beauté.

Camille Paulhan, juin 2011

Permalien de l’article

Écrit par admin

6 juillet 2011 à 11:40

Posté dans Vu !

Mots Clefs , ,

Leave a Reply